Prolongation de couvre-feux partiels dans certaines villes françaises
Après les violences et pillages de samedi 17 et dimanche 18 octobre, en marge des manifestations contre la vie chère, des “couvre-feux partiels et localisés” ont été instaurés dans plusieurs grandes villes de France, à savoir Paris, Bordeaux, Lyon, Lille et Nice – et parfois dans leur proche banlieue. De plus petites communes ont également pris des décisions similaires, comme Coulaines dans la Sarthe, ou deux communes de Guadeloupe, Pointe-à-Pitre et Les Abymes, dès dimanche.
Les maires peuvent prendre des mesures de restriction de la circulation dans le cadre de leurs pouvoirs de police générale, “pour protéger les mineurs et prévenir des troubles à l’ordre public”, rappelle le Conseil d’Etat dans une décision d’octobre 2025. La légalité de ces mesures “restreignant la liberté de circulation des mineurs est subordonnée à la condition qu’elles soient justifiées par l’existence de risques particuliers de troubles à l’ordre public auxquels ces mineurs seraient exposés ou dont ils seraient les auteurs dans les secteurs pour lesquels elles sont édictées, adaptées à l’objectif pris en compte et proportionnées”.
Selon l’article L.132-8 du code de la sécurité intérieure, le préfet peut également “restreindre la liberté d’aller et de venir des mineurs de treize ans lorsque le fait, pour ceux-ci, de circuler ou de stationner sur la voie publique entre vingt-trois heures et six heures sans être accompagnés de l’un de leurs parents ou du titulaire de l’autorité parentale les expose à un risque manifeste pour leur santé, leur sécurité, leur éducation ou leur moralité”.
Le non-respect des obligations imposées par les “autorités compétentes qui, à la suite de troubles, réglementent la présence et la circulation des personnes en certains lieux et à certaines heures afin de prévenir la réitération d’atteintes graves à la sécurité publique”, est puni d’une amende de quatrième classe, soit 750 euros au maximum. Il est néanmoins possible de déposer un recours devant le tribunal administratif contre les arrêtés préfectoraux ou municipaux qui imposent ces restrictions.
Incendie de l’hôtel de ville de Limoges : arrestation d’un suspect
Un homme soupçonné d'être impliqué dans l'incendie de l'hôtel de ville de Limoges a été interpellé à Val d'Issoire en Haute-Vienne. Le beffroi de la mairie de Limoges s'était effondré après l’incendie du bâtiment, en marge des manifestations organisées dans la ville. La SDAT (Sous-direction anti-terroriste) est co-saisie avec la police de la Haute-Vienne. A ce stade, le Parquet national antiterroriste ne s'est pas saisi mais est en observation.
Le suspect est un activiste d’ultragauche déjà fiché S. Il s’agit d’un homme de 34 ans. Le Parquet national antiterroriste (Pnat) ne “s’est pas saisi” de l’enquête sur l’incendie de la mairie de Limoges, mais “accompagne” le parquet local pour déterminer s’il doit se saisir, a précisé Sacha Straub-Khan, porte-parole du ministère de la Justice. Cette mise en observation du Pnat s’appuie notamment sur des “éléments du renseignement”.
Plus de 2,2 millions de messages postés sur X le 17 octobre
Au cours de la journée du 17 octobre, plus de 2,2 millions de messages ont été publiés sur le réseau social X, c'est trois fois plus que lors de la première grande journée de mobilisation des gilets jaunes le 17 novembre 2018, explique dans un communiqué Visibrain, outil d'analyse des réseaux sociaux. En trois jours, plus de 6,4 millions de posts liés à la mobilisation du 17 octobre ont été publiés.
Pour Visibrain, cela illustre le “caractère exceptionnel des échanges et la puissance de l'écho suscité par l'événement”. Et c'est sur X que l'ampleur est la plus grande, “très largement devant les autres plateformes”. L'outil enregistre un pic d'activité sur X le 17 octobre à 22 heures, au moment des débordements, avec plus de 211 100 posts publiés en une seule heure, soit près de 60 messages par seconde.
Cette dynamique se vérifie aussi sur les autres réseaux sociaux. Sur Tiktok par exemple, en trois jours, les contenus liés à la mobilisation ont cumulé près de 800 millions de vues. Instagram totalise plus de 5,1 millions de likes, il y a aussi eu 3,8 millions de réactions sur Facebook, 60 000 sur LinkedIn et près de 670 000 vues sur Telegram.
L’outil d’analyse des réseaux sociaux souligne la “forte visibilité des responsables” du Rassemblement national et de La France insoumise sur X lors de cette mobilisation du 17 octobre. Visibrain indique que les “comptes les plus influents” lors de cet événement sur le réseau social d’Elon Musk “illustrent cette polarisation” puisque Paul Vannier, Antoine Léaument ou Bally Bagayoko pour LFI sont parmi les auteurs les plus relayés, aux côtés de Marine Le Pen, Jordan Bardella ou Matthieu Valet pour le RN.
Le contenu des publications du RN et de LFI est très différent, précise Visibrain. Celles du RN “mettent en avant les violences, les dégradations et les atteintes à l’ordre public”. Chez LFI, les élus communiquent “sur le récit d’une mobilisation pacifique et dénoncent une focalisation médiatique sur les débordements”.
Si X concentre donc les débats et les affrontements politiques, l’analyse montre que “Tiktok apparaît davantage comme un canal de diffusion et de mise en scène des événements”. La vidéo des pillages des Galeries Lafayette par exemple, publiée par Matthias Renault, député RN de la Somme, “en est l’illustration la plus marquante avec plus de 3,2 millions de vues”. Tiktok “privilégie la diffusion d’images à dimensions émotionnelles”.
Visibrain note également un “fait plus inhabituel”. “LinkedIn s’impose comme espace d’expression pour les internautes et dirigeants d’entreprises”. Des patrons “prennent la parole pour condamner les violences, témoigner des conséquences économiques des dégradations et afficher leur soutien à leurs collaborateurs”, explique le communiqué.
En Italie aussi, les scènes de chaos se multiplient
En Italie aussi, c’est une manifestation contre la vie chère qui a dégénéré ce week-end. La police a interpellé 270 manifestants, les trois quarts des mineurs. Les plus jeunes ont à peine 12 ans. Certains disent s’inspirer de ce qui se passe en France. D’autres villes ont été touchées. Bologne, Turin, où des slogans contre la police ont été scandés.
Cette éruption de colère a pris de court les autorités. “Une fois de plus, les forces de l’ordre ont dû faire face à la violence de délinquants qui, y compris à travers des groupes organisés, exploitent les manifestations pour provoquer l’affrontement et semer le chaos”, a exprimé le gouvernement Meloni à la suite des mouvements.
Face aux centaines de milliers d’euros de dégâts, la Première ministre d’extrême droite a pris le parti de la fermeté. Un décret doit être publié dans les prochains jours pour punir avec la plus grande sévérité ce genre de débordement.
La France insoumise va saisir la Cour de justice de la République contre le ministre de l’Intérieur
Cibler la France insoumise après les violences qui ont émaillé la mobilisation sociale du week-end dernier est “un formidable exercice de manipulation qui s’apparente à un scandale d’État”, estime Manuel Bompard, coordinateur LFI.
“Quand le gouvernement cherche à se défausser de ce fiasco en ciblant la France insoumise, c'est absolument scandaleux”, scande l'Insoumis, alors que Mediapart a publié une enquête dans laquelle un commissaire du renseignement territorial (RT) affirme qu'il lui est demandé “d'écrire que c'est LFI qui est derrière le mouvement”, alors que c'est “objectivement faux de l'avis général des renseignements territoriaux”. “Qu'on en vienne à manipuler le travail des renseignements territoriaux pour essayer de cibler la France insoumise, c'est absolument inacceptable”, estime Manuel Bompard.
En réaction à cet article, le coordinateur insoumis affirme saisir “la Cour de justice de la République contre le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez”. “Fabriquer des faux documents, faire de l’abus d’autorité, ce sont des délits”, poursuit Manuel Bompard, en se basant sur l’article de presse.
Après les violences du week-end, le ministre de l’Intérieur a dit être “responsable de tout ce qui se passe” et a remis sa démission à Emmanuel Macron, qui l’a refusée. De son côté, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a reconnu que les autorités avaient “failli incontestablement” face aux débordements, évoquant un “défaut dans les renseignements” et ajoutant que les services français ne savaient “pas lutter correctement contre l’ultra-gauche”.




