Les révélations des documents de l’affaire Epstein
Le nom de la famille Lang apparaît plusieurs milliers de fois dans le dossier Epstein. Caroline Lang, à elle seule, apparaît plus de 2 000 fois. Il s’agit de messages, d’e-mails et de documents s’étendant sur une période allant de 2012 à 2019.
La famille Lang a rencontré Jeffrey Epstein en 2012, via un ami commun, le célèbre réalisateur Woody Allen, ils ont donc fait connaissance après la première condamnation de l’homme d’affaires américain en 2008 pour avoir eu recours à des prostituées mineures. Caroline Lang a d’ailleurs reconnu avoir eu connaissance de ce passé judiciaire.
Jack Lang dit “assumer” ses liens passés avec l’homme d’affaires américain et affirme que “rien ne laissait supposer” qu’il était à la tête d’un réseau de trafic sexuel de mineurs. Les messages échangés entre Jack Lang et Jeffrey Epstein sont de nature cordiale sans toutefois évoquer un trafic sexuel ni même parler de sexualité.
La seule fois que des enfants sont mentionnés, c’est quand Jack Lang, présenté comme un ancien ministre de l’Éducation, envoie ce qui semble être un projet éducatif baptisé “Petit Prince” à Jeffrey Epstein. Dans un document de présentation de ce projet, intitulé “L’Éducation d’un Petit Prince pour tous nos enfants”, est évoquée l’éducation des futurs rois de France aux XVIe et XVIIe siècles, qui apprenaient le latin, l’italien, l’anglais, le français, les arts, les mathématiques, les sciences et bien d’autres choses. Le document regrette la spécialisation prématurée de l’éducation des enfants.
Jack Lang demande régulièrement des services à Jeffrey Epstein. Dans des messages de septembre 2018, Jack Lang demande à Jeffrey Epstein s’il peut aider à financer un film de Serge Moati, l’Américain confie à une autre relation, avec qui il est en train de créer un prix d’architecture qu’il veut remettre en France, qu’il va le faire uniquement pour “garder Jack Lang dans l’équipe”. L’ancien ministre de la Culture lui demande aussi de lui prêter sa voiture ou son avion. Ils se rencontrent, visitent des musées, organisent des voyages, parlent du Maroc. En mars 2015, Jack Lang envoie à Jeffrey Epstein les photos d’une propriété que l’un de ses amis veut mettre en vente à Marrakech. L’Américain demande le prix, le Français répond 5,4 millions d’euros “offshore”.
Mais Jeffrey Epstein parlait surtout avec la fille de l’ancien ministre, Caroline Lang. Leur relation semblait plus proche. Ils avaient aussi des liens financiers. Selon plusieurs documents rendus publics, ils ont cofondé en 2016 une société offshore dans les îles Vierges. Il s’agissait d’un fonds pour investir dans de jeunes artistes. Après la révélation de l’existence de ce fonds, Caroline Lang a démissionné du poste de déléguée générale du Syndicat de la production indépendante où elle venait d’être nommée.
Jeffrey Esptein a de longues conversations avec Ariane de Rothschild, sur des sujets business et politiques. La banquière apparaît 4 500 fois dans le dossier rendu public. Elle lui demande régulièrement son avis sur la politique internationale, européenne, voire sur des stratégies économiques et des personnes qu’elle s’apprête à rencontrer. Elle lui parle notamment plusieurs fois d’Emmanuel Macron. De nombreux messages sont des prises de rendez-vous pour des cafés, des déjeuners, des dîners.
Les échanges du financier américain avec deux autres Français interpellent davantage. Le 12 septembre 2013, le chef d’orchestre français Frédéric Chaslin envoie cet e-mail à Jeffrey Epstein : “J’ai trouvé une fille super pour ton prochain séjour à Paris. Étudiante en philosophie. 21 ans. Ressemble un peu à la femme actuelle de Roman Polanski.” L’Américain lui dit que son équipe va la contacter et Frédéric Chaslin envoie son numéro.
Après la révélation de cet échange, l’ancien directeur musical de l’Opéra de Rouen a dénoncé des “insinuations” et explique que le financier américain lui avait demandé de lui trouver une interprète pour visiter des musées parisiens.
Les messages qui interpellent plus encore sont ceux d’Olivier Colom, ex-conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy. Son nom apparaît plus de 2 000 fois dans le dossier. Leurs conversations tournent souvent autour de la politique, du réseau, mais tendent aussi parfois vers des propos problématiques, sexistes, voire racistes.
Outre ces personnalités françaises, qui ont entretenu des liens avec Jeffrey Epstein, plusieurs Français sont mentionnés dans le dossier de l’affaire sans pour autant qu’un lien entre eux et Jeffrey Epstein ne puisse être établi. Ainsi, le nom d’Emmanuel Macron apparaît plus de 200 fois dans les documents, sans qu’aucune preuve de contact entre les deux hommes n’existe. Le nom d’Emmanuel Macron apparaît principalement parce que d’autres personnes parlent de lui avec l’homme d’affaires américain.
Le nom du président français apparaît aussi dans des documents dont il est difficile de comprendre pourquoi ils ont été versés au dossier. Par exemple, des mails d’internautes anonymes datant des dernières années, bien après la mort de Jeffrey Epstein, qui accusent sans preuve Emmanuel Macron d’avoir protégé le réseau pédocriminel de l’homme d’affaires américain. Des newsletters de médias ont aussi été versées au dossier uniquement parce qu’elles citent, dans un même mail, à la fois un article parlant d’Emmanuel Macron et un autre article parlant de l’affaire Epstein. Ces documents gonflent artificiellement le nombre de fois où le nom d’Emmanuel Macron apparaît dans le dossier.
C’est un peu la même chose pour Marine Le Pen. Son nom apparaît environ 70 fois dans le dossier sans qu’il n’y ait aucune communication directe entre elle, ni son parti, et Jeffrey Epstein.
Marine Le Pen apparaît aussi souvent dans les e-mails et SMS de Steve Bannon, un ancien conseiller de Donald Trump. Celui-ci se félicite de la montée du Rassemblement national en France, mais regrette régulièrement les difficultés du parti pour se financer. Dans des SMS d’avril 2019, Steve Bannon fait référence à ce que le RN avait appelé un “emprunt patriotique” contracté auprès de ses membres. Contrairement à ce que certains internautes ont pu affirmer, Steve Bannon n’a pas demandé à Jeffrey Epstein de financer la campagne du RN.
L’ancien député Cédric Villani a échangé quelques mails avec l’homme d’affaires américain. Tous les messages se ressemblent : Jeffrey Epstein propose au mathématicien de se rencontrer, mais celui-ci lui répond qu’il n’est pas disponible. Le 17 octobre 2017, Cédric Villani lui propose un “pré-drink” à confirmer, mais les documents ne permettent pas de savoir s’il a eu lieu ou pas. Dans un message de mai 2018, Jeffrey Epstein dit à Cédric Villani qu’il a déjà rencontré Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, mais les documents ne nous permettent pas de savoir ce qu’ils se sont dit.
Les noms de Pierre Moscovici, Jean-Luc Mélenchon ou encore l'humoriste Dieudonné apparaissent quelques fois, parce que quelqu'un d'autre parle d'eux à Epstein.
Cinq ans d’inéligibilité requis contre Marine Le Pen
Au terme d’un réquisitoire à deux voix de plus de cinq heures, le ministère public demande à la cour d’appel de Paris “de ne pas assortir la peine d’inéligibilité de l’exécution provisoire, et ce pour l’ensemble des prévenus”, car, selon lui, “l’objectif d’efficacité” peut être “atteint” sans cette application immédiate.
Le parquet général a toutefois réclamé la condamnation de Marine Le Pen, qualifiée de “tête du système”, pour “détournement de fonds publics”. Il a requis à l’encontre de l’ancienne présidente du parti d’extrême droite, quatre ans de prison, dont trois avec sursis et un an ferme aménagé sous bracelet électronique, ainsi que 100 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité de cinq ans.
Au cours de ses réquisitions, le ministère public s'est évertué à démontrer l'existence d'un système de “gestion centralisée des enveloppes” allouées par le Parlement européen pour les assistants parlementaires, qui “n'étaient pas recrutés pour l'eurodéputé, mais par le parti et pour le parti”.
Le but de ce système était “d'externaliser le coût du personnel que le parti voulait garder mais ne pouvait recruter en raison de sa situation financière”.
L’avocat général a requis une peine de trois ans prison, dont un an ferme avec aménagement sous bracelet électronique, une amende 50 000 euros et une peine d’inéligibilité de trois ans pour l’ancien trésorier du Front national, Wallerand de Saint Just. Quant à l’expert-comptable Nicolas Crochet, le ministère public a considéré qu’“il centralisait les flux financiers” et a requis contre lui la même peine, mais avec une amende de 100 000 euros.
Une peine de dix-huit mois avec sursis, une amende de 8 000 euros, avec une peine d’inéligibilité de trois ans est également réclamée à l’encontre de Louis Aliot, actuel maire de Perpignan en campagne pour sa réélection aux municipales. L’avocat général a ensuite demandé à la cour d’appel de confirmer la condamnation de l’eurodéputé Nicolas Bay, avec la même peine que Louis Aliot. Le parquet général a ensuite demandé de condamner à huit mois de prison avec sursis et à un an d’inéligibilité Julien Odoul, aujourd’hui député de l’Yonne, assistant parlementaire d’une eurodéputée du FN alors qu’il travaillait au cabinet de Marine Le Pen.
À l'encontre du député de l'Eure Timothée Houssin, il a requis six mois avec sursis et une inéligibilité pendant un an. Contre Bruno Gollnisch, ex-eurodéputé et ancien bras droit de Jean-Marie Le Pen, le ministère public a demandé trois ans avec sursis, 50 000 euros d'amende et une peine d'inéligibilité de trois ans. Contre les anciens assistants parlementaires Guillaume L'Huillier et Catherine Griset, devenue eurodéputée à son tour, le ministère public a réclamé une peine d'un an avec sursis et la privation du droit d'éligibilité pendant deux ans. Le ministère public a réclamé pour l'ancien eurodéputé Fernand Le Rachinel deux ans avec sursis, une amende de 15 000 euros et une peine d'inéligibilité de trois ans.
Comme les procureurs l'avaient fait lors du premier procès, le parquet général a de nouveau mis en évidence le “rôle central” de Marine Le Pen dans cette organisation. “Je vous rappelle que ce n’est pas le jugement. Ce sont des réquisitions”, a-t-elle lancé aux journalistes en quittant la salle d’audience.
Nouveau cycle de pourparlers entre Russes et Ukrainiens
Les négociateurs ukrainiens, russes et américains se retrouvent à Abou Dhabi (Emirats arabes unis) pour faire avancer de difficiles pourparlers visant à mettre fin au conflit entre la Russie et l’Ukraine.
La Russie a repris ses frappes contre les infrastructures énergétiques de l'Ukraine. “Chaque frappe russe de ce type confirme que l'attitude de Moscou n'a pas changé”, a fustigé le président ukrainien Volodymyr Zelensky qui a assuré que “le travail de l'équipe de négociation sera adapté en conséquence”.
Le président américain s'est exprimé devant des journalistes après que la Russie a repris des frappes massives contre Kiev, demandant que son homologue russe “mette fin à la guerre”. Ces frappes sur la capitale ukrainienne sont intervenues après une pause de quelques jours obtenue par Donald Trump. “Il a respecté sa promesse sur ce plan”, a souligné Donald Trump au sujet de Vladimir Poutine.
Le principal point de désaccord reste l'épineuse question des territoires. Moscou réclame notamment que les forces ukrainiennes se retirent des zones encore sous leur contrôle dans la région de Donetsk. Ce territoire industriel et minier est l'épicentre des combats et abrite les plus puissantes défenses ukrainiennes. Kiev rejette cette demande mais craint que Washington n'appuie la position russe. De son côté, l'Ukraine pousse pour un arrêt des combats à la ligne de démarcation actuelle et un gel du front.
Human Rights Watch s’inquiète de l’état de la démocratie aux Etats-Unis
Human Rights Watch s’inquiète, dans son dernier rapport annuel, des conséquences de la présidence de Donald Trump sur “l’ordre international fondé sur des règles”, déjà “constamment sapé par la Chine et la Russie”. Si l’ONG rappelle que les attaques contre la démocratie ne datent pas du retour au pouvoir du républicain, elle souligne que “l’année 2025 peut être considérée comme un point de bascule” du point de vue de l’affaiblissement des droits humains.
En très peu de temps, aux Etats-Unis, l’administration Trump “a sapé la confiance du public dans l’intégrité des élections, attaqué l’indépendance du système judiciaire, fait reculer les droits des femmes, compromis les recours contre les discriminations raciales et supprimé les protections pour les personnes LGBT”. Selon l’ONG, l’exécutif américain a aussi “adopté des politiques et une rhétorique qui rejoignent l’idéologie nationaliste blanche”, à travers sa politique d’arrestation et d’expulsions massives d’immigrés, qui se sont soldées par la mort de 32 d’entre eux en détention sur l’année 2025.
“Les violations des droits ne se sont pas arrêtées aux frontières” des Etats-Unis, accuse HRW qui rappelle que, sur les ordres de Donald Trump, des centaines de Vénézuéliens ont été déportés au Salvador, “où ils ont été torturés et ont subi des sévices sexuels” en prison. Elle dénonce également les frappes illégales contre des bateaux soupçonnés de contribuer au narcotrafic dans les Caraïbes ou encore l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro.
Loin de se concentrer uniquement sur les Etats-Unis, HRW dresse aussi dans ce rapport le bilan de l'état des droits humains dans une centaine de pays. Parmi les crises les plus graves, l'ONG cite le Soudan et Gaza où l'armée israélienne “a commis des actes de génocide, un nettoyage ethnique et des crimes contre l'humanité, tuant plus de 70 000 personnes et en déplaçant des millions d'autres”.
La guerre se poursuit également en Ukraine, où la Russie mène “des frappes aériennes indiscriminées”, torture des prisonniers de guerre, déporte des enfants et a “recours à des drones pour prendre en chasse et tuer des civils”. HRW s'inquiète également de la progression de “partis politiques aux tendances illibérales” dans plusieurs pays occidentaux.
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Saïf al-Islam Kadhafi, l’un des fils du dictateur défunt, est mort
Saïf al-Islam Kadhafi, l’un des fils de l’ex-dictateur libyen Mouammar Kadhafi, longtemps vu comme son successeur potentiel et recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, est mort mardi 3 février, a confirmé son avocat français, Marcel Ceccaldi, accréditant des informations données par des médias locaux.
Il serait mort au sud de la ville de Zenten, dans l’ouest de la Libye. D’après des informations transmises par une source libyenne et confirmées par son avocat français, quatre hommes auraient investi la maison dans laquelle Saïf al-Islam se trouvait après avoir cassé les caméras de surveillance censées protéger le fils du dictateur qui se savait menacé. Ils l’auraient ensuite exécuté.
Longtemps présenté comme le successeur potentiel de son père, Saïf al-Islam, 53 ans, s’était forgé une image de modéré et de réformateur. Une réputation qui s’est effondrée quand il a promis des bains de sang au début de la rébellion. Recherché par la CPI pour crimes contre l’humanité, il avait été arrêté dans le sud libyen en 2011. Cette même année, il s’était fait connaître de la France, en accusant le président français de l’époque Nicolas Sarkozy d’avoir financé en partie sa campagne présidentielle de 2007 grâce à des fonds libyens.
Dans une déclaration écrite en septembre 2025, il affirmait voir dans la condamnation de Nicolas Sarkozy dans cette affaire, “une victoire pour nous, pour la Libye et pour la justice”.
Longtemps détenu à Zenten, Saïf al-Islam avait été condamné à mort en 2015 à l’issue d’un procès expéditif avant de bénéficier d’une amnistie. Jusqu’à l’annonce de sa mort, personne ne savait où il se trouvait.



