Deux ou trois fois. C’est le facteur par lequel la Chine serait aujourd’hui moins riche et moins puissante si elle n’était pas entrée à l’OMC en 2001, selon Ludovic Greiling. L’organisation censée civiliser le commerce mondial aurait donc fabriqué son principal rival, et Pascal Lamy, qui l’a dirigée, admet lui-même une possible erreur. Il faut s’arrêter sur cet aveu, parce que toute la suite en découle.
La Chine, usine du monde : l’erreur dont personne ne répond
Le 11 décembre 2001, la Chine entre dans l’OMC et le commerce mondial perd son équilibre. En quelques années, Pékin devient l’usine du monde, et nos ouvriers en connaissent le prix. Greiling rappelle que l’organisation, née en 1995 de l’Uruguay Round, est la seule instance mondiale dotée d’un pouvoir de sanction, un tribunal avec des peines, et que l’Union européenne a porté sa création. Reste une question : pourquoi Washington a-t-il accepté ? Greiling cite un « aveu » de Lamy, selon lequel le représentant américain au commerce aurait trompé le Congrès. Je le verse au dossier tel quel, avec l’exigence de le voir confirmé ou démenti. Retracer le parcours de Lamy, du PS à Delors, de la Commission à l’OMC puis au Forum de Paris pour la paix, c’est suivre le fil d’une politique qu’on nous a toujours présentée comme une fatalité. Un homme et un réseau, des décisions dont personne n’a eu à répondre devant les électeurs.
▶ 0:00 — Sans l’OMC, la Chine serait deux fois moins puissante
▶ 3:26 — L’OMC, son tribunal et l’aveu de Pascal Lamy
Interdépendance : le mot qui a remplacé l’indépendance
On nous a juré que les idéologies étaient mortes avec l’URSS. Elles ont seulement changé de vocabulaire. Rockefeller, Lamy, Guterres : tous font de l’« interdépendance » l’idéal qui remplace l’indépendance, et visent un monde unifié. Lamy va jusqu’à reconnaître que l’Occident a produit « la matrice de son déclin relatif ». Un dirigeant qui constate le déclin de son camp, constate aussi qu’il y a contribué. Dans cette logique, l’Union européenne sert de laboratoire à la gouvernance mondiale : Lamy, Barroso et Borrell le disent presque noir sur blanc. C’est un projet d’État centralisateur, mené par les mêmes cercles (Bilderberg, Trilatérale, atlantistes), qui nous fournissent les mêmes élites depuis des décennies. Greiling en tire une formule : les révolutionnaires sont déjà au pouvoir. Il lit le livre « Révolution » de Macron comme un texte à la logique révolutionnaire. Le mécanisme est simple et rodé : chaque choc mondial devient un argument. Attali réclame un gouvernement mondial, Charles Michel lance un traité sur les pandémies, et Lamy voit dans la guerre en Ukraine un possible déclencheur d’un sentiment d’appartenance européen. Covid et Ukraine servent à avancer vers la dette commune, puis vers l’impôt européen, avec NextGenerationEU comme premier pas. La crise n’est plus un accident qu’on subit, c’est un levier qu’on actionne.
▶ 6:58 — Le mondialisme, une idéologie fondée sur l’interdépendance
▶ 11:15 — Macron, l’UE, la Trilatérale : les révolutionnaires au pouvoir
▶ 18:13 — Pandémie, Ukraine, dette : les chocs au service de l’UE
Trump rétablit les frontières, Bruxelles rêve d’empire
Le traité de Lisbonne a donné à l’Union sa personnalité juridique. Elle peut donc émettre de la dette, puis appeler à des impôts. Pendant ce temps, Washington fait l’inverse : droits de douane ramenés à leur niveau d’il y a quatre-vingts ans pour réindustrialiser, sortie de l’OMS, fin du financement de l’USAID, frontières physiques et économiques rétablies. L’Union reste sagement dans les règles de l’OMC, signe avec le Kenya, la Nouvelle-Zélande, le Mercosur malgré la colère des agriculteurs, et regarde son industrie s’effondrer. On ne peut pas rester ouvert aux quatre vents, dit Greiling, sans qu’il n’y ait plus, à la fin, d’entreprises européennes. Reste l’ambition d’une « Europe puissance » : un néo-empire sans les moyens d’un empire, dans une logique de blocs à la 1984. Barroso parle déjà de dimensions d’empire, l’élargissement vise les Balkans, l’Ukraine, la Géorgie, et le général Wesley Clark a donné la formule : « L’Europe sera cosmopolite ou coulera. » Entre deux empires qui se disputent le monde, je préfère celui qui ne joue pas contre mon camp. Greiling compare ces promesses à la révolution mondiale bolchevique, vue par Bukovsky, et à l’abondance promise par Maastricht, dont Chevènement a fait un bêtisier.
▶ 26:02 — Trump réindustrialise, l’UE s’accroche aux règles de l’OMC
▶ 41:03 — Trump, l’hégémon et le retour des frontières
▶ 44:20 — Élargissement sans fin : l’empire cosmopolite de Bruxelles
Une idéologie qui avance sans jamais dire son nom n’a pas besoin de convaincre : il lui suffit que personne ne la nomme. Nommer, c’est le premier geste du citoyen.
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Bonsoir à tous,
Le coût réel du "pas cher" : anatomie d'une dépendance
En voulant produire toujours moins cher à court terme, l'Occident a commis une erreur stratégique majeure. L'intégration de la Chine dans le commerce mondial et l'OMC devait être un échange gagnant-gagnant ; elle s'est transformée en un transfert massif de savoir-faire.
Du textile aux médicaments, des voitures jusqu'à l'aéronautique, nous avons tout délocalisé. En quelques décennies, la Chine n'est plus seulement l'usine du monde : elle est devenue le maître du jeu technologique et économique. Aujourd'hui, le constat est cruel : en abandonnant notre industrie, nous avons troqué notre indépendance contre des prix bas, pour nous retrouver totalement dépendants de ceux à qui nous avons tout appris.
L'illusion du « Made in China » et le cynisme de la mondialisation
On a longtemps dénigré la fabrication chinoise en l'associant uniquement aux produits bas de gamme. C'est un double cynisme : d'un côté, nous avons fermé les yeux sur les conditions de travail pour profiter de prix dérisoires ; de l'autre, nous avons feint d'ignorer que nos technologies les plus avancées et nos produits de luxe (des iPhones aux composants automobiles) étaient assemblés sur place.
Cette stratégie n'a pas bénéficié au citoyen moyen, mais a permis à une poignée de multinationales d'accumuler des profits record. Aujourd'hui, vouloir rapatrier nos industries est un casse-tête : nous n'avons plus ni les infrastructures, ni les chaînes de production, ce qui rend notre dépendance quasi-totale.
De l'usine du monde à la puissance spatiale : le réveil du géant
Vingt-six ans plus tard, la Chine ne se contente plus d'assembler nos objets du quotidien : elle envoie ses taïkonautes dans l'espace, pose des sondes sur la face cachée de la Lune et développe ses propres fusées réutilisables. En sécurisant ses alliances énergétiques et en maîtrisant la totalité de la chaîne technologique, elle a bâti une autonomie quasi totale.
Face à cela, si l'Occident conserve une force de frappe grâce à la Silicon Valley et aux géants du Numérique, notre dépendance matérielle est devenue critique. Une simple rupture des flux d'exportation chinois paralyserait l'économie mondiale en quelques jours. Nous avons laissé s'inverser le rapport de force : hier nous étions leurs donneurs d'ordres, aujourd'hui ils sont devenus nos fournisseurs indispensables.