Entre l’affaire Bardella, un plan retraites qui ressemble à celui de 2023 et des lycéens qui prennent des tirs de lance-grenade, la colère a occupé tout l’espace. Voici ce qui vaut d’être vu ou revu.
Lundi, en une ligne
Grâce à l’UDR d’Éric Ciotti, le RN obtient pour la première fois un groupe de 15 sénateurs, dans un vote réservé aux grands électeurs.
▶ 28:19 — Le RN forme un groupe au Sénat
La suite des révélations sur Bardella, Fabrice Arfi l’a promise, et on la regardera ensemble dès qu’elle tombera. En attendant, la lettre « Mauvaise Presse » prolonge ces sujets entre deux émissions.
Mardi : Bardella rattrapé par Mediapart
Mediapart affirme que Jordan Bardella, alors proche d’Alain Soral, a tenu des propos antisémites en 2013. Ce qui m’a intéressé, c’est la défense : il avait été prévenu dès le samedi, il arrive donc préparé chez Praud. Il parle de propos « parfaitement délirants » et invoque ses 17 ans, et je lui rappelle que Yann Moix s’est très bien remis de son fanzine. Je regarde aussi du côté de Marine Le Pen, qui dit ne pas croire l’enquête.
▶ 04:42 — Les révélations de Mediapart et la défense du RN
▶ 15:43 — Chez Praud : « propos délirants » et les 17 ans
▶ 30:26 — Le Pen « n’y croit pas » : un froid avec Bardella ?
Mercredi : la taupe qu’on ne nommera pas, et la retraite de Philippe
L’Infiltré avait promis de révéler l’identité de la taupe au RN, puis a reculé dans un communiqué gêné, et je ne me prive pas de le dire. Bardella dénonce une « opération de déstabilisation » et annonce une plainte, tandis que Fabrice Arfi promet la suite. Le second sujet du jour me paraît plus lourd de conséquences : Édouard Philippe relance la retraite à 65 ans et 45 annuités, soit la réforme de 2023 que des millions de personnes avaient rejetée dans la rue. Les policiers et les gardiens de prison seraient épargnés, alors qu’ils seraient chargés de réprimer les manifestants.
▶ 09:44 — L’Infiltré renonce, Bardella crie au complot
▶ 17:27 — Philippe relance la retraite à 65 ans et 45 annuités
Jeudi : pourquoi je me range du côté des lycéens
Je m’étonne que si peu de gens soutiennent une jeunesse qui mène, à mes yeux, une réaction d’autodéfense comme les gilets jaunes avant elle. Je parle de tirs de lance-grenade et de LBD sur des adolescents, de charges à cheval, d’étranglements, et d’un ministre qui n’a pas démissionné après deux blessures graves de mineurs. Je ne cautionne pas pour autant les incendies de lycées. Le témoignage de la lycéenne de 14 ans vaut à lui seul l’écoute.
▶ 08:00 — Lycéens blessés : pourquoi je me range du côté des jeunes
▶ 13:07 — 645 interpellés : Nuñez et la « juste mesure » policière
▶ 17:57 — Une lycéenne de 14 ans étranglée, un ado visé au visage
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Vendredi débat Barnco/Boulo
Cette semaine, l’État a rassuré les marchés et placé ses lycéens en garde à vue
1793 personnes placées en garde à vue depuis mardi, et 85% des interpellés sont mineurs. Je commence par ce chiffre, clin d’oeil à la terreur de 1793 parce qu’il dit mieux qu’un éditorial comment ce pouvoir a répondu à la seule chose vraiment neuve de la semaine. Une génération est descendue dans la rue, et il a sorti le registre de la terreur.
Tout commence mardi 29 septembre, et rien ne le signale. Ce jour-là, la presse suit les cortèges de la fonction publique en grève, qui défilent « pour demander davantage de moyens ». Les blocages de lycées n’existent encore qu’en marge, et par le petit bout de la lorgnette : Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, visé par des attaques racistes, doit démentir avoir allumé un feu de poubelle. Retenez cette scène inaugurale. Avant de savoir ce que veulent les lycéens, on sait déjà qui l’on va accuser.
Mercredi, le mouvement change d’échelle par la pire des portes. À Tours, un jeune est hospitalisé, l’IGPN est saisie après un possible tir de LBD. Les syndicats lycéens appellent à un « acte 2 » le lendemain. Jeudi, le blocus devient le sujet du pays : toute la presse bascule, les directs s’ouvrent, et des étudiants rejoignent les plus jeunes, « de Rennes-II à Henri-IV ». Cette formule m’arrête, parce qu’elle va de l’université de province au plus feutré des lycées parisiens. On croyait ce mouvement cantonné à une banlieue qu’on aime désigner, et il traverse toute la géographie scolaire. Un titre le dit simplement : « Le mouvement doit être entendu. »
Vendredi, le vocabulaire se retourne. « La violence monte d’un cran », « quand la colère étudiante change de nature » : la presse ne raconte plus un mouvement, elle raconte un problème d’ordre public. Samedi, deux titres coexistent sans se regarder. D’un côté, « le mouvement s’enracine » et les organisations lycéennes appellent à un « acte 3 » le mardi 6 octobre. De l’autre, l’Éducation nationale « amorce le dialogue ». Le dialogue vient donc après les gardes à vue, et non avant. C’est l’ordre des priorités de ce gouvernement, écrit noir sur blanc dans la chronologie.
J’ai relu tous les titres de la semaine pour y trouver ce que demandent ces lycéens. Je ne l’ai pas trouvé. On sait combien ils ont été interpellés, on sait qu’un d’entre eux a été hospitalisé, on sait que leur colère « change de nature ». On ne sait pas ce qu’ils réclament. C’est la faillite d’une presse qui couvre les jeunes comme on couvre une intempérie : on mesure les dégâts et on ne demande jamais la cause.
L’État, lui, a choisi ses cibles. Le préfet de police saisit la justice contre Bally Bagayoko pour « provocation à commettre un délit ». Retailleau veut interdire LFI, alors que le droit exige, pour dissoudre un parti, des violences qui lui soient imputables. On le sait, et on le dit quand même, parce que l’annonce compte plus que sa faisabilité. Je l’ai écrit dans ces colonnes : les lycéens sont les dernières victimes du macronisme finissant. La semaine me l’a confirmé jour après jour.
Revenons à mercredi. Le jour même de Tours, Sébastien Lecornu « alerte sur les risques d’une crise financière », avant de proposer un budget de « redressement ». Le mot est choisi avec soin. On redresse un pays comme on redresse un enfant, et il y a là une morale avant une comptabilité. Jeudi, le gouvernement lève le voile sur son budget 2027 « sous la pression des marchés ». Pour une fois, la formule ne vient pas de ses adversaires. Elle vient du récit officiel lui-même.
Mettez les deux journées côte à côte. Mardi, la fonction publique défile pour réclamer des moyens, et le lycée en fait partie. Mercredi et jeudi, le gouvernement répond « redressement », « économies », « tenir le déficit ». La rue demande, les marchés exigent, et l’arbitrage est rendu avant même que la question soit posée.
Le détail de cet arbitrage est instructif. L’Agence France Trésor prévoit 72,9 milliards de charge de la dette en 2027, sans dire à quel taux. C’est la seule ligne du budget qu’on ne discute pas, et c’est aussi la seule dont on ne connaît pas l’hypothèse. Pendant ce temps, le Zoladex, un traitement contre le cancer, va bientôt être déremboursé, et le prix du médicament est au cœur d’un bras de fer. On sait donc qui paie quand le laboratoire et l’État ne s’entendent pas. Ce n’est ni le laboratoire ni l’État.
Édouard Philippe, toujours prêt à occuper le terrain quand il s’agit de demander l’effort aux autres, propose la retraite à 65 ans et 45 ans de cotisation, sans évoquer les 67 ans. Ce silence est une stratégie. On avance un chiffre présenté comme raisonnable, on laisse l’autre flotter, et l’on fabrique par avance le « compromis » de demain.
Vendredi, enfin, l’argent réapparaît. Emmanuel Macron annonce que le G7 va libérer jusqu’à 100 millions de barils de « diesel et pétrole brut » pour « faire baisser les prix ». Quand il s’agit de calmer le prix à la pompe, avant que la colère ne déborde des lycées vers les stations-service, on trouve des barils. Pour les moyens que réclamaient les cortèges de mardi, on ne trouve qu’un « redressement ».
L’Espagne a offert cette semaine le contrepoint parfait. Mardi, le gouvernement y annonce la suspension des expulsions jusqu’en 2030, « en pleine contestation sociale ». C’est un gouvernement qui cède à la rue sur le logement, ce que Paris n’imagine même plus. Vendredi, Junts, le PP et Vox font tomber le premier décret logement au Congrès, et Feijóo enchaîne : « Ponga la fecha, disuelva las cortes, convoque elecciones. » La leçon est amère. Quand un pouvoir fait un pas vers ceux qui n’ont pas de toit, la coalition des droites ne débat pas. Elle bloque, puis elle réclame des élections.
Reste la question que la semaine a posée sans la formuler : qui menace qui ? La réponse officielle tient en un traitement à deux vitesses.
Lundi, Mediapart rapporte des propos antisémites que le journal attribue à Jordan Bardella, dans des écrits datés de 2013. L’intéressé dénonce des « faux grossiers ». Mardi, l’affaire enfle et il parle de « tentative d’assassinat politique ». Mercredi, Emmanuel Macron juge les propos imputés « gravissimes et inacceptables » et appelle le RN à les « clarifier ». Jeudi, l’affaire a quitté les radars, balayée par les lycées. Le président du RN annonce des poursuites contre Mediapart, sans préciser la voie judiciaire.
Comparez les verbes. Au parti dont le président est visé par des accusations d’antisémitisme, l’Élysée demande de « clarifier ». Contre un maire LFI qui dément une poubelle en feu, le préfet saisit la justice. Contre son parti, on réclame l’interdiction. Je ne dis pas que les accusations visant Jordan Bardella sont établies : il les conteste, et c’est à la justice qu’il dit vouloir s’adresser. Ce que je reproche à ce pouvoir, c’est sa grammaire. Pour l’un, l’injonction polie. Pour l’autre, le procureur.
Le même lundi, à Metz, Emmanuel Macron salue la mémoire de Robert Schuman en introduction du discours de Léon XIV sur l’Europe et la paix, puis évoque « la chrétienté », loin du thème annoncé par l’Élysée. Le même jour encore, quatre ans de prison sont requis contre Rachida Dati, ancienne ministre accusée d’avoir noué un pacte de corruption avec Carlos Ghosn. Selon le PNF, Renault-Nissan lui a versé 900 000 euros sans travail réel. Elle est présumée innocente et le dossier reste celui de l’accusation. Mais cette semaine, ce n’est pas autour de ce dossier qu’on a compté les gardes à vue.
La fabrique de la menace a aussi fonctionné hors de nos frontières, avec ses emballements et ses silences. Dimanche, un « incident majeur » près de la base de Fairford, utilisée par l’US Air Force : cinq arrestations. Lundi, toute la presse reprend l’enquête sur un lien avec l’Iran, « selon la presse britannique ». On a appris ensuite que les cinq suspects étaient libérés sous caution. Cette nouvelle n’a pas eu droit au même concert. Samedi, dans une autre affaire, deux Iraniens sont inculpés pour un projet terroriste contre la communauté juive de Manchester. Je ne confonds pas les deux dossiers, et la presse devrait s’en garder aussi.
L’affaire du vol Flydubai Dubaï–Tel-Aviv, dérouté vers l’Arabie saoudite, a dominé mercredi. Elle est devenue jeudi et vendredi un récit d’héroïsme, celui du pilote qui témoigne depuis son lit d’hôpital : « Je ne pouvais pas laisser mourir toutes ces personnes. » Samedi, elle se termine sur une révélation du Wall Street Journal : Oman avait interdit au copilote de voler en raison de soupçons d’extrémisme. Une semaine entière de feuilleton.
Pendant ce temps, mardi, plus de cent colons israéliens attaquaient un village de Cisjordanie occupée pour empêcher le retour d’une famille palestinienne. Ce récit a tenu une journée dans la presse, puis a disparu.
C’est la carte de la semaine. En haut, les marchés à rassurer et un RN invité à « clarifier ». En bas, des lycéens comptés par centaines, un maire désigné, un parti qu’on veut interdire.
Entre les deux, une presse qui mesure les dégâts sans jamais demander pourquoi.




