Huit cent mille : c’est le chiffre que la CFDT s’est fixé avant même que le premier cortège ne parte. Les réponses du gouvernement, elles, tomberont le soir même, sans date ni rendez-vous. Quand le score et le dénouement sont connus d’avance, ce n’est plus de la lutte, c’est du théâtre.
Une marche, puis deux centimes
Une journée « scénarisée », voilà le mot qui s’impose. Les syndicats espèrent un nombre de manifestants, puis des annonces, puis rentrent chez eux : « Ah parce qu’avant, ils étaient pas convaincus. D’accord. Bon bah, on va pouvoir rentrer chez soi satisfait. » Frédéric Souillot réclame un SMIC à 2 000 euros brut, la confiance des ménages est au plus bas, la récession s’installe, et la centrale que l’on attend dans la rue attend elle-même qu’on lui réponde. Pendant ce temps, des lycées sont bloqués et l’enquête sur l’infirmière scolaire de Montpellier est rouverte. La convergence avec les gilets jaunes, elle, reste mal engagée. Le calcul est simple : on a marché, on était huit cent mille, on était content, et on a récupéré deux centimes par mois.
▶ 4:13 — Jeudi de mobilisation : les syndicats visent 800 000 manifestants
▶ 33:30 — Journée du 5 novembre : les syndicats attendent des « centimes »
L’argent existe, il ne va juste pas où vous croyez
1,28 million d’euros : c’est ce qu’un cabinet américain a facturé au ministère de la Transition écologique pour des éoliennes. La Direction générale de l’Armement, elle, a versé des sommes à PwC et Accenture. On nous avait promis qu’on arrêtait les cabinets de conseil, et la souveraineté sert de refrain pendant que les chèques partent outre-Atlantique. Même logique pour les 850 millions prévus afin de rendre la Seine baignable en aval de Paris, quand l’argent manque pour les Canadair, les écoles, les médecins et les profs. Les lycées s’effritent en Occitanie et en zone d’éducation prioritaire, et 72 % des ménages disent avoir limité leur chauffage. Le « défi » du chauffage éteint, où le premier qui allume a perdu, transforme la précarité énergétique en jeu de société. C’est la gamification de la misère, et ce sont toujours les mêmes qui jouent.
▶ 24:25 — 1,28 million d’euros à un cabinet américain pour des éoliennes
▶ 30:08 — 850 millions pour une Seine baignable, lycées délabrés
▶ 51:57 — La gifle selon Macron, puis le défi du chauffage éteint
Ceux qui commentent, ceux qui se trompent, ceux qui ne le disent pas
La défaite de Trump aux midterms n’avait rien d’une surprise : un président en milieu de mandat n’a presque jamais la dynamique pour lui. Ceux qui jouaient la paix et la prospérité, ou qui voyaient Zohran Mamdani perdre « parce qu’il s’appelle Zohran Mamdani », ont raté l’élémentaire. L’erreur, on la pardonne, mais l’opacité beaucoup moins. Sur un plateau, Léni Stern est présentée comme « essayiste » et « experte associée à la Fondation Jean-Jaurès » ; elle défend Raphaël Glucksmann sans que personne ne précise qu’elle fait partie de son équipe de campagne. Quant à la campagne elle-même, elle démarre avec des postes distribués à d’anciens du PS pour calmer les troupes, pas même une « dynamique Glucksmann », et une stratégie tournée vers l’électorat macroniste. Je n’y vois que la préparation d’une candidature de témoignage. À Libé, la gauche se rassure autour de soirées pizza : un ancien LFI, une militante socialiste, un castor qui fait barrage. Arrêtez de prendre les gens pour des cons : il y a les réseaux sociaux maintenant, on sait tout.
▶ 21:06 — Midterms : la défaite de Trump n’avait rien d’une surprise
▶ 36:48 — Le début de campagne « poussif » de Glucksmann
▶ 39:53 — Léni Stern présentée sans dire qu’elle conseille Glucksmann
▶ 47:30 — Soirées pizza de Libé : la gauche se rassure entre soi
Ritchy Thibault : une justice qui juge des mots
Interpellé le 1er octobre lors d’une mobilisation lycéenne à Saint-Denis, Ritchy Thibault enchaîne garde à vue à la PJ, comparution immédiate à Bobigny, détention provisoire. Il est libéré par la cour d’appel le 30 octobre. Ce qu’il affirme, et je rapporte sa parole comme telle, c’est qu’il n’est poursuivi que pour des mots, un discours politique au mégaphone. À Fleury-Mérogis, il décrit un quartier arrivants prolongé, un isolement au bâtiment D5, la bibliothèque, le sport et la télé refusés, des fouilles à nu répétées. À sa sortie du tribunal : des hommes cagoulés armés de FAMAS. Sa conclusion : « La justice écrase avec violence les plus faibles et elle est d’une mansuétude insupportable avec les plus puissants. » Sa colère vise aussi les magistrats, avec une formule volontairement brutale sur Pétain dont le fond, un parquet nommé par l’exécutif, mérite d’être discuté. Il affronte désormais une série d’échéances : Compiègne le 24 novembre, Bobigny le 9 décembre, la 17e chambre en avril. Il y voit la volonté de l’épuiser et d’en faire un exemple. Face à cela, il plaide pour des dizaines de petits cortèges plutôt que le défilé encadré, et des cellules de quartier sans outils électroniques. J’ajoute à ce tableau la parole publique qui se referme : l’enquête visant un humoriste de Radio Nova, le shadowban des vidéos de mobilisation. Ce que j’affirme, sans pouvoir en produire la trace écrite, c’est que ces vidéos auraient été bridées à la demande de Sébastien Lecornu.
▶ 55:29 — Ritchie Thibault raconte son arrestation et son incarcération
▶ 1:03:10 — Isolement à Fleury-Mérogis : « on est tous des détenus politiques »
▶ 1:14:23 — Privé de télé, de sport et escorté par des FAMAS
▶ 1:31:46 — Détention puis dix procès : le calendrier de Ritchie Thibault
▶ 1:52:31 — Négocier son parcours avec la préfecture, c’est abdiquer
▶ 1:56:51 — Cellules locales, petits cortèges : repenser la mobilisation
Une marche dont on connaît le chiffre avant le départ, une justice qui frappe avant d’avoir entendu : le pouvoir adore les rituels dont l’issue est écrite. C’est quand on les déchire qu’il a peur.
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